Groupe ADP : une privatisation contestable

Editorial. Alors que le projet de loi ouvrant la voie à la cession des aéroports de Paris vient d’être voté à l’Assemblée, cette opération n’a toujours rien d’évident tant sur le principe que sur ses modalités.

Publié aujourd’hui à 11h17 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». Lorsque le gouvernement a inscrit Groupe ADP sur la liste des privatisations aux côtés de la Française des jeux et d’Engie (ex-GDF Suez), le groupe d’infrastructures aéroportuaires, grâce à une rentabilité confortable et des perspectives de croissance régulière, faisait figure de candidat idéal.

Mais, neuf mois après la présentation en conseil des ministres du projet de loi Pacte sur la croissance et la transformation des entreprises, qui ouvre notamment la voie à la cession de la licence d’exploitation de Roissy-Charles-de-Gaulle, d’Orly et du Bourget, cette privatisation n’a toujours rien d’évident tant sur le principe que sur ses modalités.

Après des mois de débats et d’ajustements pour tenter de répondre aux inquiétudes, le texte vient d’être voté par l’Assemblée nationale, avant qu’il soit examiné par le Sénat, à partir du 9 avril, alors que le gouvernement table sur une adoption définitive dans le courant du printemps. Même si le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, présente le projet comme une « nécessité absolue », des interrogations subsistent sur son opportunité.

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D’abord, l’idée est de placer le produit de la cession – une dizaine de milliards d’euros – au sein d’un fonds, dont le rendement serait consacré à des investissements dans l’innovation. Pourquoi créer une telle usine à gaz, alors que les dividendes versés chaque année à l’Etat rapportent déjà presque autant, tout en laissant le patrimoine public intact ?

Les partisans de la privatisation soulignent que le versement de ces dividendes est aléatoire. Mais c’est faire preuve de pessimisme excessif, alors qu’une étude récente d’Eurocontrol table sur une croissance annuelle de 2 % à 3 % du trafic aérien et anticipe une insuffisance de capacités aéroportuaires en Europe à l’horizon 2040.

L’exemple calamiteux des autoroutes

Par ailleurs, généralement, une privatisation se justifie par l’ouverture à la concurrence, qui est censée faire baisser les prix. Or, ADP est de facto en situation monopolistique, les autres aéroports pouvant se substituer à son activité étant trop loin ou trop petits. La concession à un opérateur privé ne changera rien à la situation, si ce n’est laisser des marges de manœuvre au futur propriétaire pour moduler ses tarifs auprès d’une clientèle captive et s’enrichir à bon compte.

Le gouvernement promet que l’Etat sera vigilant sur le montant des redevances réclamées aux compagnies aériennes, à commencer par Air France-KLM. Mais l’expérience montre que l’Etat est un concédant médiocre, qui a toujours eu du mal à définir le cahier des charges imposé à ses ­concessionnaires. Chacun a en tête l’exemple calamiteux de la privatisation des autoroutes. Le gouvernement affirme qu’il a appris de ses erreurs. Mais que vaudront ces garanties sur la durée totale de la concession qui court sur soixante-dix ans ?

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Enfin, ceux qui estiment que l’Etat n’a pas vocation à gérer des boutiques hors taxes et que s’opposer à la privatisation est un combat d’arrière-garde oublient qu’aux Etats-Unis, en Allemagne ou aux Pays-Bas, les aéroports restent la propriété de la puissance publique.

Comme à bout d’arguments, Edouard Philippe s’est livré devant les députés à un curieux exercice d’automutilation, prétendant qu’ADP était mal géré. Non content d’être un mauvais actionnaire, l’Etat s’improvise piètre vendeur. Il n’est pas question de faire de cette privatisation un totem idéologique, mais de regarder le dossier de façon pragmatique. Or, de ce point de vue, la vente d’ADP n’a rien d’une « nécessité absolue ».

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Le Monde

Источник: Lemonde.fr

Источник: Corruptioner.life

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